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Tu Sais Quoi?
Le préservatif est le meilleur moyen de se protéger contre le VIH, les IST et les hépatites
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Infos | 20.03.2013 - 13 h 29 | 5 COMMENTAIRES
« Je ne baise qu’avec des mecs clean »: décryptage et mise à l’épreuve d’une stratégie de réduction des risques
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Véritables stratégies communautaires de réduction des risques ou leurres conduisant à une augmentation des contaminations? Les pratiques de sérotriage ou de séropositionnement, qui consistent à adapter ses pratiques de prévention en fonction du statut réel ou supposé de ses partenaires sexuels ne font pas l’unanimité. Pour certains, ces techniques sont des moyens d’endiguer l’épidémie, des stratégies alternatives suivant l’idée que tous n’utilisent pas ou ne souhaitent pas utiliser systématiquement le préservatif. Pour d’autres, le sérosorting de façon générale entretient un clivage entre séropositifs et séronégatifs chez les gays et banalise les prises de risques dans le cadre des relations non protégées. Mais d’abord, de quoi parle-t-on? C’est le chercheur Jean-Yves Le Talec qui a le premier en France utilisé ces termes pour désigner des types de pratiques sexuelles:

  • Les pratiques qui consistent à choisir le partenaire sexuel en fonction de son statut sérologique: on baise entre séropositifs ou entre séronégatifs.
  • L’adaptation des pratiques sexuelles en fonction du statut sérologique de son partenaire: on applique diverses pratiques de réduction des risques en fonction du statut sérologique du partenaire.

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SEROSORTING: UN MOT, PLUSIEURS PRATIQUES
« Apartheid viral », « ségrégation sérologique », plusieurs termes sont utilisés par les détracteurs-trices du sérosorting pour qualifier ce qu’ils-elles voient comme une forme de stigmatisation des personnes séropositives au sein même de la communauté gay. Car, par sérosorting, c’est souvent le sérotriage qui est visé. Ce terme qualifie le refus d’une personne à avoir des relations sexuelles avec une personne sérodifférente. Mais selon la définition de Jean-Yves Le Talec, le sérosorting recouvre plusieurs pratiques, puisqu’il correspond aussi à la séroadaptation ou au séropositionnement, qui consistent à adapter ses pratiques (dans le cas d’une relation entre partenaires sérodifférents) en fonction du statut sérologique connu ou supposé de son/ses partenaires: répartition des rôles insertif/réceptif en fonction du statut sérologique dans le cas de pénétrations anales non protégées, prise en considération de la charge virale indétectable. Le préservatif fait aussi faire partie des outils mis en place dans les stratégies de sérosorting, quand il est utilisé lors de relations sexuelles avec des partenaires sérodifférents, par exemple.

LES LIMITES DE CES STRATÉGIES
Pourtant, ces stratégies présentent aussi leurs limites. En premier lieu, qu’elles soient séroconcordantes ou sérodiscordantes, les deux personnes s’exposent aux autres IST en choisissant de ne pas utiliser de préservatif. Ainsi, si le sérosorting peut conduire dans certains cas à une stabilisation ou à une baisse des contaminations au VIH dans une population, la transmission des autres maladies risque de connaître l’évolution inverse.

Pratiquer le sérosorting nécessite par ailleurs de savoir précisément son propre statut sérologique à tout moment: il ne peut être mis en œuvre que dans un environnement où la connaissance et la communication de son statut est rendu possible à son partenaire. Pour être efficace, le sérosorting doit donc répondre à une condition majeure, à savoir une pratique régulière du dépistage de toutes les IST et une bonne connaissance des pratiques de réduction des risques pour adapter ses propres comportements en fonction de son statut sérologique et de chaque circonstance. Mais il doit également se pratiquer dans des situations où les séropositifs souhaitent dire leur statut et peuvent le faire de manière safe, sans craindre de rejet ou de discriminations, ce qui est encore compliqué à l’heure actuelle. Enfin une des limites à la pratique du sérosorting entre séronégatifs est qu’une très grande partie des contaminations par le VIH se font via des personnes en phase de primo-infection et qui ignorent donc leur statut et ont une charge virale extrêmement élevée.

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UNE PRATIQUE QUI DIVISE
Si Act Up-Paris critique vivement le procédé comme un moyen illusoire de réduire les risques entraînant davantage de ségrégation que de baisse de contaminations, Warning présente cette stratégie comme une forme d’empowerment montrant que les gays ont développé leur propre moyen de réduire les risques liés à la contamination par le VIH.

Pour Jérôme André, président d’HF Prévention, cette pratique est une triste réalité: «On constate qu’il y a en effet du sérotriage qui entretient une sérophobie que je qualifierais de latente. Les gens qui font du sérotriage ne le nomment pas ainsi et ils sont dans un comportement de crainte de la contamination envers eux-mêmes, pas dans une démarche pour protéger l’autre! Notre spécificité à HF Prévention, c’est qu’on est présent sur les lieux de rencontres extérieurs, les parkings, les forêts, les aires d’autoroutes, et donc qu’on a affaire à des HSH qui ne se définissent pas nécessairement comme gays. On a donc constaté une autre forme de sérotriage, pas basé sur le statut sérologique, mais en fonction du genre ou de la sexualité. Certains ne souhaitent avoir que des pratiques entre hétérosexuels car ils pensent qu’ils ne pourront pas être contaminés tant qu’ils n’ont pas de relations avec des homosexuels. Ces HSH sont très mal informés, ne se font pas dépister, et vu qu’ils ne se reconnaissent pas comme gays, ils ne sont pas touchés par la prévention gay.»

LE SEROSORTING EN CAMPAGNE
A l’automne 2006, le département de santé de la ville de San Francisco a lancé la campagne «Disclose HIV» (en français: dévoiler le VIH), qui tirait parti de la stratégie du sérosorting. La campagne mettait en avant la nécessité de parler ouvertement de son statut sérologique dans ses relations pour inciter par conséquent au dépistage volontaire afin que chacun soit en mesure de gérer ses propres risques.

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Le sérosorting est une stratégie complexe recouvrant différents moyens et différentes pratiques que chacun doit être en mesure d’adapter à sa propre situation. La capote fait partie intégrante de ces stratégies de prévention, y compris en cas de rapports sexuels basés sur la séroadaptation. La connaissance de son propre statut et des pratiques réduisant les risques, un suivi médical et des dépistages réguliers mais également la communication avec ses partenaires sont indispensable à sa mise en œuvre.

Pour voir ou revoir le film de Mikael Buch « Je ne baise qu’avec des mecs clean », cliquez sur l’image.

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Tu sais quoi?, le préservatif est le meilleur moyen de se protéger du VIH et des autres IST.

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